Le projet VELA a été conçu autour d’un principe : la décarbonation ne doit pas se faire au prix de la fiabilité des opérations ni de la qualité de service. Sécurité, fréquence, rapidité, chaîne du froid : sur tous ces points, nos voiliers-cargos ne demandent aucun compromis aux chargeurs. Ces niveaux d’exigence, qui valent au VELA 1 le surnom d’« avion des mers », ouvrent le transport 100 % vélique aux produits les plus sensibles.
Transporter des palettes plutôt que des conteneurs demeure un ajustement pour certaines entreprises ayant recours au fret maritime traditionnel. Un choix logistique dont il convient de comprendre les atouts techniques et opérationnels, mais aussi les évolutions qu’il préfigure pour nos chaînes d’approvisionnement.
Unité standard du transport maritime international, le conteneur est à la fois un catalyseur et un symbole de la mondialisation. Son succès repose sur des qualités opérationnelles indéniables. Il incarne aussi certaines limites de ce modèle : massification des flux, centralisation des infrastructures, consommation de matières premières, etc. Le transport de demain ne se passera probablement pas des conteneurs — et il n’y aurait guère de raison de le souhaiter dans l’absolu. La palette, maillon élémentaire de nos chaînes logistiques, pourrait en revanche jouer un rôle accru dans notre recherche de décentralisation et de résilience.
La légèreté : un facteur d’efficacité énergétique et logistique

Le choix des palettes comme unité de transport tient compte d’un paramètre essentiel de la navigation à la voile : le poids. À la différence du transport maritime traditionnel, qui compense cette contrainte par une consommation accrue de carburant, la performance d’un cargo 100 % vélique dépend directement de sa masse.
Afin d’optimiser les performances du VELA 1 tout en maximisant sa capacité d’emport, un levier important consiste à économiser le poids et le volume des conteneurs. En libérant l’espace qu’ils occupent, le trimaran peut embarquer jusqu’à 600 palettes, soit environ 410 tonnes de marchandises. Dans l’hypothèse où des conteneurs de 40 pieds seraient chargés à bord, leur poids représenterait 25 % de cette charge. À vitesse équivalente, l’emport serait donc réduit d’un quart.
La vitesse n’est d’ailleurs pas seulement une fin en soi. Elle contribue aussi à la capacité de transport globale de la ligne, au-delà de la charge d’une seule traversée. Le chiffre de 600 palettes — qui représente tout de même l’équivalent de cinq avions cargo — a donc été mûrement réfléchi par les partenaires techniques de VELA (VPLP et MerConcept). L’idée derrière cet équilibre : avec un bateau léger et une vitesse élevée, la fréquence des départs augmente, maximisant la capacité de transport annuelle du navire.
Une chaîne du froid simple et robuste
Le passage au transport palettisé peut nécessiter certaines adaptations. VELA a conçu son service de manière à transformer cette contrainte apparente en avantage opérationnel. À commencer par la chaîne du froid.
Pour les secteurs de la cosmétique, de la pharmacie ou de l’agroalimentaire, le fret maritime classique comporte un point de fragilité : le recours aux conteneurs réfrigérés. Ceux-ci dépendent d’une alimentation électrique continue, qu’ils ne génèrent pas eux-mêmes et qui est souvent issue de sources carbonées, à bord des navires comme dans les ports. Ils reposent donc sur des systèmes techniques complexes, dont la performance dépend de plusieurs maillons opérationnels : alimentation, maintenance, connectique portuaire, etc. Chacun de ces éléments constitue une source potentielle de fragilité.
Avec VELA, le navire lui-même devient un écrin thermoprotecteur. Les palettes concernées sont stockées au cœur de la coque centrale, dans un environnement entièrement contrôlé. Coolsafe by VELA, développé avec notre partenaire T.R. Équipements, permet d’alimenter en énergie renouvelable deux cales réfrigérées (2–8 °C) et cinq cales tempérées (15–25 °C), offrant aux marchandises sensibles un niveau d’exigence à la hauteur des standards les plus élevés de l’industrie.
Penser la logistique à partir des chargeurs
S’affranchir du conteneur est aussi un levier de simplification pour certains chargeurs sur leurs sites de production. Pour de nombreuses entreprises aux volumes limités, la gestion des expéditions est un enjeu délicat. Attendre qu’un conteneur soit plein pour l’expédier permet d’en optimiser le coût, mais au prix d’une agilité commerciale réduite et de stocks importants.
Le groupage maritime (ou LCL, pour Less than Container Load) existe pour partager l’espace avec d’autres exportateurs, mais cette solution impose ses propres contraintes, au premier rang desquelles les délais de massification.
C’est ici que le transport à la palette change la donne. Une solution comme celle de VELA permet d’expédier exactement la quantité souhaitée et de payer précisément pour ce volume.
La palette au cœur du transport de demain
Avec un service à la mesure du chargeur, VELA préfigure peut-être une évolution profonde du secteur du transport : celle de chaînes logistiques moins centralisées, ancrées dans les territoires et adaptées à leurs besoins.
Bien sûr, le conteneur n’est pas près de s’effacer. Il a toute sa place au sein du transport de demain. Utilisées à bon escient, au bon endroit, les capacités d’emport massives peuvent se mettre au service de la décarbonation.
Cependant, l’articulation actuelle entre lignes maritimes massifiées et transport routier est probablement vouée à évoluer. Certains travaux, comme ceux du Shift Project dans son Plan de transformation de l’économie française, préconisent ainsi le développement de réseaux intermodaux plus agiles, reposant sur un maillage géographique fin et des solutions de transport bas carbone.
Dans ce contexte, un transport durable et résilient impliquera de composer davantage avec des unités logistiques de petite taille, comme la palette.
Protéger l’océan en sécurisant les marchandises
En attendant le transport de demain, un fret maritime palettisé offre dès à présent des externalités environnementales positives par rapport à l’usage de conteneurs. Il permet notamment de réduire le risque de pollution lié à la perte de marchandises en mer.
Selon l’Organisation maritime internationale (OMI), environ 2 300 conteneurs ont été perdus en moyenne chaque année sur la période 2019–2022. Bien que ce chiffre puisse sembler faible au regard du volume total transporté, il représente un risque réel, non seulement pour les chargeurs concernés, mais aussi pour l’océan.
Une seule de ces pertes peut en effet constituer une source importante de pollution pour les écosystèmes. En décembre 2024, par exemple, la chute d’un conteneur a entraîné la dispersion de centaines de milliers de microbilles, retrouvées sur les côtes de la péninsule ibérique (Le Monde, 2024).
Les palettes transportées par VELA sont chargées sous le pont, dans des cales abritées et étanches, protégées des intempéries et du roulis.
Économie de matière première et réduction des émissions
Chaque conteneur contient plusieurs tonnes d’acier corten, un alliage enrichi notamment en phosphore, en cuivre, en chrome et en nickel afin d’améliorer sa résistance à la corrosion. La production de cet acier est une industrie très émettrice de CO₂.
Selon l’OMI, environ 250 millions de conteneurs sont transportés chaque année par voie maritime. Derrière ce flux, le parc mondial est estimé à plus de 40 millions d’unités en circulation.
Les émissions liées à leur production sont incorporées de fait au bilan carbone du transport maritime. Réduire l’usage du conteneur a donc, en soi, un impact significatif sur le climat et l’environnement.
Un autre impact, souvent méconnu, concerne les ressources en bois. Leurs planchers, généralement réalisés en contreplaqué issu d’essences sélectionnées pour leur résistance en milieu humide, peuvent contribuer à la pression exercée sur les forêts tropicales.
Complémentarité des solutions
Ces effets rarement discutés du transport maritime nous rappellent la portée de nos choix logistiques. Aucune solution n’est parfaite en soi. Les palettes, par exemple, doivent elles aussi s’inscrire dans des filières bois responsables.
Le conteneur n’est pas davantage l’ennemi du transport de demain. Il conservera toute sa place dans un modèle qui reposera, selon toute vraisemblance, sur la complémentarité de plusieurs solutions.
L’enjeu n’est donc pas d’opposer les modèles, mais de les faire progresser pour construire un système logistique plus sobre et résilient. À nous désormais d’en faire une réalité.
Sources bibliographiques
- https://hz-containers.com/en/news/how-many-shipping-containers-have-been-produced-so-far
- https://hz-containers.com/fr/actualites/pannes-et-defauts-les-plus-courants-des-conteneurs-frigorifiques/#:~:text=D%C3%A9fauts%20graves%20%3A,dommages%20m%C3%A9caniques%20de%20la%20tuyauterie.
- https://lemarin.ouest-france.fr/shipping/le-naufrage-du-msc-elisa-3-symbole-des-problemes-de-pollution-plastique-dans-les-oceans-94760642-46dd-11f0-be2d-492a352fc811
- https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/01/09/un-conteneur-perdu-en-mer-provoque-une-maree-de-granules-en-plastique-sur-les-plages-du-nord-de-l-espagne_6209923_3244.html
- https://www.imo.org/fr/mediacentre/hottopics/pages/faq-plastic-pellets.aspx
- https://wwwcdn.imo.org/localresources/en/MediaCentre/Documents/CCC%209-13%20-%20Estimate%20of%20containers%20lost%20at%20sea%20-%202023%20update%20(World%
- https://infos.ademe.fr/magazine-decembre-2023-janvier-2024/dossier/reduire-le-nombre-de-palettes-en-circulation-dans-le-monde/
- https://www.imo.org/fr/mediacentre/hottopics/pages/container-default.aspx#:~:text=Le%20Conseil%20mondial%20de%20la,sur%20les%20250%20millions%20transport%C3%A9s.
- 20Shipping%20Council%20(W…).pdf